Voici mon troisième et dernier article concernant Vipassana avant mon départ, demain, pour cette nouvelle aventure. Je vais tenter de vous décrire le mieux possible le déroulement de ces 10 jours et les sensations que j’ai pu personnellement éprouvées. Mais c’est mon expérience personnelle, elle est unique, chaque expérience du silence est individuelle et unique. La vôtre serait aussi enrichissante mais aussi bien différente.
Alors, comme je commençais à le dire, dès les premiers instants tout bascule. Le moment où la cloche résonne pour signifier le début du silence est à la fois solennel et déconcertant. Je me souviens avoir observer, autour de moi, les autres participants, qui, comme moi, semblaient partagés entre la curiosité et une appréhension. Nous venions d’entrer dans un espace où les mots disparaissent, où le temps se dilate, et où il n’y a plus aucune échappatoire à soi-même.
J’étais à la fois excité, curieux et envahi par un flot de pensées. Cette fois-ci, en revanche, je sais ce qui m’attend. Mais pour ne rien vous caché, j’appréhende un peu car chaque retraite est une expérience unique, un voyage intérieur imprévisible.
Jours 1 à 3 : L’apprentissage de l’Anapana et l’agitation Mentale
Dès le premier jour, mon mental s’agitait dans tous les sens. Je fermais les yeux et aussitôt les pensées m’envahissaient. Pourquoi étais-je ici ? Avais-je bien répondu à ce dernier mail avant de partir ? Et si j’avais oublié quelque chose d’important ? Comment allais-je tenir 10 jours sans parler, sans lire, sans distractions ?
Les instructions étaient pourtant simples : se concentrer sur la respiration. Observer l’air qui entrait et sortait des narines, sans le modifier. Juste être là avec cette sensation subtile. Mais c’était un véritable combat. Mon esprit sautait d’un souvenir à une projection future, incapable de se poser plus de quelques secondes. J’étais submergé par un ouragan de souvenirs, certains très anciens, que je croyais oubliés, et qui remontaient à la surface avec une intensité déconcertante.
Le soir du premier jour, en rentrant dans ma chambre, je tournais en rond, troublé par toutes mes pensées et souvenirs ! Du coup, j’ai passé plus d’une heure à bien plier toutes mes affaires, pliés au carré comme à l’époque du service militaire, pour ceux qui ont connu.
Le deuxième jour, c’était mon corps qui commençait à se révolter. Assis sur mon coussin, en posture immobile, je ressentais une douleur intense dans le dos et de l’inconfort au niveau des genoux. Mon premier réflexe était de bouger, d’ajuster ma position. Mais l’enseignant nous guidait :
« Ne bougez pas. Observez la douleur. Ne la fuyez pas. Voyez-la comme une simple sensation. »
Sur certaines séances, nous avions la consigne de ne pas bouger. C’était difficile, voire impossible. Mon esprit ne comprenait pas cette instruction. Pourquoi rester immobile alors que j’avais mal ? Mais je décidais d’essayer. J’observais. Je ressentais cette douleur sans chercher à la repousser, mais c’était plus facile à dire qu’à faire.

Le troisième, je commençais à parvenir à ne plus bouger et observer. Je commençais comprendre que cette douleur n’était pas seulement physique. Elle était le reflet de mes résistances, de mes peurs, de mes attachements. En l’observant sans la juger, je commençais à la voir pour ce qu’elle était : une sensation passagère, impermanente. Et peu à peu, elle perdait de son intensité. A ce moment on saisit concrètement la notion d’impermanence des sensations !
Mon souffle devenait plus subtil, plus naturel. Je commençais à ressentir des sensations légères autour de mes narines : des picotements et une sensation douce. Mon esprit commençait enfin à ralentir. Le tumulte intérieur s’apaisait légèrement, légèrement !
Heureusement, nous avions quelques pauses pendant les périodes de repas et pendant quelques moments de repos en silence. En général, je profitais de ces pauses pour aller faire quelques pas dehors sur un chemin faisant le tour d’un terrain (de la taille d’un demi-terrain de foot) ? Nous étions plusieurs à tourner tranquillement, calmement en rond… ou parfois je prenais un petit chemin traversant un petit bois. Nos sens semblent bien plus sensibles à la nature qui nous entoure. C’était assez incroyable.


Ce fût à ce moment-là que nous allions véritablement commencer l’expérience Vipassana.
Jours 4 à 6 : La Découverte de Vipassana
Le quatrième jour, nous avons commencé la pratique de Vipassana proprement dite. Jusqu’ici, nous avions travaillé sur Anapana, la concentration sur la respiration. Mais maintenant, nous allions explorer le corps entier, sensation par sensation. L’enseignant nous guidait :
L’instruction est simple : « balayer mentalement chaque partie du corps, ressentir ce qui est présent, sans chercher à le modifier. Ne pas s’attacher aux sensations agréables, ne pas rejeter les sensations désagréables. »
Facile en théorie, terriblement difficile en pratique, je vous le dis !
J’observais quelques picotements sur mon visage, un peu de chaleur dans mes mains, quelques sensations d’air frais touchant ma peau, puis, plus rien car mon esprit repartait dans ces pensées ! Mon mental s’agitait. Je revenais à ma respiration et je recommençais. Persévérance !
Parfois je me demandais pourquoi je ne ressentais rien ? Est-ce que j’avais mal fait la technique ?
L’enseignant nous rappelait que l’important n’était pas de ressentir, mais d’observer sans attente. Même l’absence de sensation est une sensation. Petit à petit, je commençais à comprendre.
Vers le cinquième jour, mon esprit devenait un peu plus affûté. Les sensations que je ne percevais pas avant commençaient à apparaitre. Je ressentais des picotements sur tout le corps, et comme une sorte d’énergie, comme s’il y avait un flot de petites billes, d’atomes qui circulent parfois sur mon bras, ou sur mon torse,
Le sixième jour, quelque chose changea vraiment. Je me rendis compte que mon corps entier était en perpétuel mouvement. Chaque sensation, qu’elle soit agréable ou inconfortable, apparaissait et disparaissait. Tout est impermanent. Du coup, comme vous pouvez l’imaginer c’est une alternance de douleurs et de bien-être ! Mon dos me faisait toujours mal mais j’arrivais à observer cette douleur précisément et je réalisais qu’elle disparaissait.
Une paix nouvelle semblait émerger. Et comme chaque jour je profitais des pauses pour marcher un peu… en pleine conscience…
Jours 7 à 9 : L’Acceptation… et la compréhension
Les méditations devenaient plus fluides. Le temps semblait s’écouler différemment. Le silence n’était plus du tout un poids, il devenait même agréable. J’observais les autres participants. Leur posture était plus détendue, leur visage plus serein. Quelque chose avait changé en nous tous.
Personnellement, je commençais à ressentir une paix que je n’avais jamais connue auparavant. Ce n’était pas une euphorie, ni une explosion de bonheur. C’est juste un état d’être sans lutte, sans résistance.
Les douleurs étaient toujours présentes, mais elles ne m’affectaient plus et ces derniers jours étaient marqués par une acceptation profonde. Je comprenais que tout était impermanent. Les sensations, les pensées, les émotions, tout venait et s’en allait. Rien ne durait. Et dans cette compréhension, il y avait une sorte de libération. Je n’étais plus attaché à ce qui était agréable, ni repoussé par ce qui était désagréable. J’étais simplement présent, ici et maintenant, observateur de ce qui était.
Je réalise à quel point, dans la vie quotidienne, nous réagissons à tout ce qui nous arrive.
Jour 10 : Le Retour à la Parole
Le dernier jour, le silence fut levé. Nous pouvions de nouveau parler, partager nos expériences. C’était un moment étrange, presque irréel. Les mots semblaient lourds, maladroits, après tant de jours de silence. Mais il y avait aussi une joie, une légèreté. Nous avions traversé cette expérience ensemble, chacun à sa manière, et nous en sortions quelque peu transformés.
En quittant le centre, je me sentais différent. Plus léger, plus calme, plus centré. Je savais que cette expérience resterait avec moi, qu’elle continuerait à m’enseigner, à me guider. Et je savais aussi que ce n’était que le début. Le voyage intérieur est sans fin, et chaque instant est une nouvelle opportunité de grandir, de se découvrir, de se libérer.
Rien de d’y penser aujourd’hui, je réalise à quel point, dans notre vie de tous les jours, nous parlons souvent pour combler le vide. Ici, le silence nous a appris que nous pouvions être ensemble sans avoir besoin de mots.

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